La suspension Vertigo de Constance Guisset éditée chez Petite Friture fête ses 5 ans ! Et oui, déjà. En 2010 une icône du design est née. Pour fêter cela dignement, je suis allée à la rencontre de Constance, qui nous raconte la genèse de cette pièce de design devenue mythique.

Photo : © Delphine Jouandro

La grâce et l’élégance m’intéressent d’avantage que la féminité elle-même.

constance guisset

Constance Guisset
Portrait de Constance Guisset

Rencontre avec Constance Guisset

Constance racontez-nous comment a commencé votre collaboration avec Petite Friture et dans quel contexte est née la Vertigo ? 

J’ai imaginé Vertigo quand j’étais encore élève à l’ENSCI. Puis je l’ai longtemps défendue pour l’édition, jusqu’à rencontrer Amélie. Elle lançait son entreprise et nous avions beaucoup de points communs : notre âge, nos parcours, nos envies… Vertigo a été à la fois ma première création éditée et le premier objet produit par Petite Friture. C’était le début d’une longue et belle collaboration.

Personne ne me contredira, la suspension Vertigo est vraiment atypique et unique en son genre. Comment vous est venue cette idée ? Qu’est-ce qui vous a inspiré cette forme et cette élégance démesurée, il fallait quand même oser une telle démesure ! 

Vertigo est née alors que je travaillais sur le sujet de la cabane, dans le cadre de l’école. Je voulais créer un espace d’intimité qui ne serait pas limité par quatre murs mais qu’il suffirait simplement de suggérer par le dessus par exemple. En cherchant à délimiter cet espace, j’ai commencé à tresser des rubans entre un cerceau en fibre de verre et un abat-jour. Au gré des expérimentations, la taille a augmenté et ses rubans se sont affinés pour arriver à la lampe que vous connaissez. La forme hélicoïdale est née accidentellement de la tension trop forte des rubans. A force de tests, l’alchimie a pris et la forme est née. Finalement, c’est une sorte de tarte Tatin du design !

Sa valeur d’icône du design vient aussi de l’excellence de son nom ! Comment l’avez-vous trouvé ? 

C’est l’occasion de rendre hommage à l’une des femmes les plus drôles du monde, qui s’avère être une amie que l’on surnomme « La Biche », car c’est elle qui a trouvé le nom de la lampe. Il m’a plu tout de suite car il rappelait le caractère hypnotique de la lampe ronde qui tourne. Et j’aime la sonorité du mot, sa rondeur et son mystère.

Qu’est-ce qui vous plaît aujourd’hui dans la Vertigo avec quelques années de recul ?

Ce qui me frappe après cinq ans, c’est de voir à quel point Vertigo réunit mes différentes aspirations en tant que designer. Elle a un usage (une lampe) et elle est pratique : malgré sa grande taille, elle pèse moins de 500 grammes et se replie, ce qui permet de la transporter facilement. Elle est, je l’espère, élégante et légère, avec un pouvoir d’évocation qui favorise l’imaginaire. Son mouvement nourrit également la rêverie. A voir les lieux qui l’adoptent, j’ai l’impression qu’elle s’adapte facilement à son environnement et que les personnes ne s’en lassent pas. Quelque part, j’ai même le sentiment qu’elle ne m’appartient plus du tout, mais que d’autres l’ont faite leur – ce qui me convient parfaitement car je suis lancée sur de nombreux autres projets que j’aime beaucoup.

La Vertigo est d’une grande féminité. Certains y voir une roue de vélo, un immense sombrero… Moi, elle me fait penser a une création haute couture, d’autant plus qu’elle est faite avec du ruban. Qu’entendez-vous le plus souvent son sujet ?

La grâce et l’élégance m’intéressent davantage que la féminité elle-même. On retrouve cette attention dans Vertigo. On a l’impression qu’elle va s’envoler. Grâce à sa forme entre abstraction et figuration, chacun y voit des choses différentes : le plus souvent, on me dit qu’elle ressemble à un chapeau ou une libellule. J’aime que tout le monde y voit quelque chose de différent, je pense que c’est intéressant d’être à la lisière de la perception.

Il y a un air de famille entre la Vertigo et deux de vos créations postérieurs qui sont toutes aussi graphiques et féminines : la sublime Sol chair et la Drapée chair. Est-ce que cette continuité esthétique est volontaire ? Où avez-vous trouvé une piste graphique avec la Vertigo que vous avez souhaité explorer plus amplement avec ces 2 chaises ?

Il y a une continuité entre ces objets, mais je leur vois une généalogie un peu différente. Pour moi, Vertigo est issue d’une façon de dessiner que j’ai explorée avec Dancing Chair, un autre projet imaginé précédemment à l’ENSCI. Mais Vertigo a une asymétrie qui est le fruit de l’expérience, ce n’était pas une intention au départ. J’ai ensuite développé mes expérimentations sur l’asymétrie avec le fauteuil Sol, la chaise Drapée ou encore la lampe Cape. Cette dernière montre bien comment évoluent mes recherches sur l’asymétrie, l’abstraction et la figuration. Car même si la forme de Cape semble issue d’une autre inspiration graphique, c’est un même désir de légèreté, mouvement, sensualité et grâce qui guide cet objet. Mes aspirations formelles seraient presque une chimère entre Vertigo et Cape.

Il me semble qu’il y a toujours une touche d’humour dans vos créations. Elle pointait déja dans votre duplex pour poissons et oiseaux. Est-ce qu’il y a de cet humour dans la démesure qui caractérise la suspension Vertigo ?

L’humour est extrêmement important pour moi, dans ma façon de travailler notamment. Mais s’il y a de l’humour dans Vertigo, il vient plutôt de l’effet de surprise produit par cet objet qui jaillit et s’anime… un peu comme avec un diable en boîte par exemple.

Pour fêter les 5 ans de la Vertigo et de Petite Friture, la Vertigo s’est parée de 2 beaux coloris pastel rose et bleu. Pourquoi ces coloris en particulier ?

Depuis longtemps, j’avais envie de coloris d’une grande douceur pour Vertigo. Le bleu était une idée ancienne. Après plusieurs tests, je me suis aperçue que le rose fonctionnait bien aussi.

Auriez-vous une petite anecdote à nous faire partager au sujet de la Vertigo ?

Quand j’ai commencé à travailler dessus, il était difficile de trouver de la fibre de verre en grande longueur. J’ai donc commencé par démonter quelques dizaines de tentes 3S pour faire mes tests. J’ai encore quelques restes de tissu sans structure dans ma cave.

Merci Constance !

/ ☆ / Suspension Vertigo, Petite Friture, à partir de 795€

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